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[Etude] Créativité : mais où en sont les organisations exactement ?

· transfo digitale,changement

On parle beaucoup d’innovation et de créativité dans les entreprises, comme une injonction urgente à trouver l’idée qui va faire la différence, disrupter son marché, lui permettre de rester compétitive, etc. Mais où en sont vraiment les organisations avec la créativité ? Quels moyens se donnent-elles vraiment pour l’encourager ? Eléments de réponse avec l’Observatoire de la créativité, dont la 2e édition menée par la société de conseil Arctus et l’Institut de prospective Boostzone, est parue en juin.

LOGO OBSERVATOIRE CREATIVITE

Avec plus de 320 répondants issus de tous les secteurs d’activité, l’Observatoire ouvert entre janvier et avril interrogeait les organisations selon 2 axes : d’abord le contexte autour de la créativité, recouvrant les lieux de vie, la structure hiérarchique de l’organisation, les équipes numériques, les ressources humaines et la culture d’entreprise, et ensuite la dynamique de créativité, autrement dit la position de l’entreprise et des différentes populations internes sur cette thématique mais aussi les actions mises en oeuvre.
Pour cette édition comme pour la précédente, les répondants étaient invités en guise d’introduction à répondre à une question à priori : considèrent-ils que leur entreprise encourage la créativité ?

Votre entreprise encourage-t-elle la créativité ? A 69% Oui

Et 7 répondants sur 10 sont à ce stade du questionnaire plutôt positifs, considérant que leur entreprise favorise la créativité…

Des lieux de travail pas encore très créatifs

L’Observatoire enchaine ensuite avec des questions autour de la configuration des bureaux : quand on sait que des postes de travail ouverts, non attribués permettant le mouvement, ou encore partagés avec d’autres organisations (coworking) sont plus propices à la créativité, on s’attend à des configurations plus originales : malheureusement, le flex office (17%) et le coworking (13%) sont encore marginaux, le modèle de l’open space avec des places attribuées demeure le modèle dominant (34%). En réunion, la configuration assise qui a tendance à favoriser la longueur des réunions au détriment de la créativité et de la concentration, reste également la norme pour 7 entreprises sur 10. Et seules ¼ des entreprises proposent de petites tables rondes ou carrées, encourageant la participation et le sentiment d’égalité des participants, au lieu de la longue table rectangulaire qui préside encore à nombreuses réunions. Heureusement pour ¾ des salles de réunion, elles disposent de fenêtre : apercevoir un peu de verdure ou un coin de ciel bleu a toujours du bon pour la créativité !

Quelle est la configuration de vos salles de réunion ?

En bref, on est encore loin d’une configuration optimum au brainstorming dans nos organisations !
Si la configuration des salles est encore en reste, les équipements eux ont le vent en poupe : les standards (wifi, tableau blanc ou paperboard, vidéo et audio-conférence, …) sont désormais légion et de nouveaux équipements dédiés à la créativité prennent de plus en plus de place : post-it (25%), tableau interactif (16%), mur d’écriture, … Mais les Lego, pâtes à modeler et autres Kapla n’ont quant à eux pas encore trouvé leur place, et sont présents chez 3% des répondants seulement !
Pour finir sur les lieux de travail propice à la créativité, l’Observatoire interrogeait les répondants sur la présence d’un certain nombre de lieux de rencontres plus informels : la bonne vieille machine à café fait toujours parler d’elle puisque 61% des répondants s’y retrouvent pour travailler. Espace de détente, coin cuisine mais aussi espaces extérieurs commencent à être colonisés par les salariés… même si la moitié des répondants reconnait utiliser ces lieux alternatifs à titre personnel… Pourquoi ? Je fais l’hypothèse que ce chiffre parle davantage de la culture managériale (« que va-t-on penser de moi si je vais travailler dans le jardin ? ») des organisations, que la mise à disposition de lieux de travail plus ouverts et innovants ne suffit pas à transformer…

Quels sont les lieux informels qui permettent également de travailler et de se réunir ?

Structure d’entreprise : le règne de la rigidité

Les nouveaux modes de management (entreprise libéré, holacratie, etc.) ont beau être médiatiques, ils ne sont une réalité que chez 18% des répondants de l’Observatoire et en y regardant de plus près, on voit qu’il s’agit en majorité de structures de moins de 100 salariés. Tandis que les structures classiques -fonctionnelles, divisionnelles, matricielles, …- restent la norme. Et au sein de ces structures, rien d’étonnant que de retrouver - dans ¾ des organisations- le sacro-saint schéma pyramidal avec ces nombreux niveaux hiérarchiques, malheureusement peu propice à la libre expression et à l’émergence d’une culture plus créative. Et pour enfoncer le clou, les manifestations de la hiérarchie sont formalisées de façon visible ou très visible chez 2/3 des répondants : voiture de fonction, équipement informatique, taille des bureaux, code vestimentaire, … Un cadre qui n’engage pas être créatif non plus non ?

Quel est le modèle hiérarchique de votre organisation ?

Rien d’étonnant à ce que les répondants indiquent ensuite qu’ils ne se sentent pas encouragés à faire des propositions d’améliorations pour d’autres services (45%) que leur le : un regard neuf sur les processus voisins, un peu d’ouverture et de cross-fertilisation, … ? Non merci, trop créatif madame !

Equipements : peut mieux faire…

Du côté des équipements également, peut mieux faire : près de la moitié des entreprises répondantes fournit des équipements mobiles à une partie seulement des salariés (ah oui ! signe extérieur de hiérarchie !) et seules 29% encouragent le BYOD (Bring Your Own Device). Les accès à internet sont également loin d’être garantis : seule une entreprise sur 2 n'impose aucune restriction d’accès à ces non-cadres.

Du côté des dispositifs internes pour collaborer, s’informer et exprimer ses idées, la tendance est plutôt à la progression par rapport à la précédente édition de l’Observatoire : la communication unifiée (messagerie instantanée, audio et vidéo conférence) arrive en tête (présente chez 57% des répondants), suivi par le réseau social d’entreprise et les espaces collaboratifs en ligne (45%) puis par les plateformes d’innovation participative qui enregistre une progression de 10 points par rapport à 2016 (36%) : les entreprises auraient compris que donner la parole à leurs collaborateurs pourraient leur permettre d’innover ?

Ressources humaines : les traditions ont la vie dure...

En matière de RH aussi, l’environnement ne semble pas des plus propices à encourager la créativité et l’émergence de points de vue différents, d’idées, etc. Tandis que le recrutement valorise toujours les expériences passées et le diplôme au détriment de la personnalité, du potentiel ou des expériences entrepreuriales, l’évaluation des compétences par la suite suit la même logique conservatrice et peu innovante : l’entretien individuel annuel est toujours bien présent chez 84% des répondants, ne laissant que peu de place à l’auto-évaluation (10%) ou encore à l’évaluation par les pairs (14%). On peut toutefois noter que les objectifs évalués prennent de plus en plus en compte la dimension collective (de 39% en 2016 à 45% en 2018)… A-t-on enfin compris que créativité rimait avec intelligence collective ?

Culture d’entreprise : l’image avant les moyens

Quand on arrive à ce stade de l’enquête, les résultats de la question relative à la culture managériale ne sont pas étonnants : 1/3 des répondants se retrouvent dans une culture directive. A contrario, la culture managériale délégative (qui donne un cadre et autonomise) et la culture participative représenteraient toutefois plus d’une organisation sur 2. On y croit ! Du côté des valeurs affichées par l’organisation, la notion d’innovation présente à 68% est en régression au profit du plaisir ou de l’épanouissement. Est-ce que le Chief Hapiness Officer serait passé par là… Affichage sans doute plus que réalité… D’autant plus lorsqu’on regarde les moyens alloués à la créativité : pour ¼ des répondants, leur entreprise est fermée à tout changement, et pour les 58% qui sont ouvertes aux changements et aux idées nouvelles, elles ne donnent pas les moyens de les étudier et de les mettre en œuvre…

Quelle est la position de votre organisation face à la créativité ?

Une prise de conscience de l’importance d’innover pour se transformer : la dynamique créativité en marche

Et pourtant, même si les organisations ne donnent pas forcément les moyens à leurs collaborateurs d’exprimer leur créativité (ou en tous cas, « peuvent mieux faire »), elles semblent de plus en plus conscientes de l’importance de cette nouvelle posture à adopter. En tous cas, c’est ce que nous apprend la seconde partie de l’étude consacrée aux critères de dynamique créative.

Quand on les interroge sur les facteurs qui poussent l’entreprise à développer la créativité, les facteurs externes (clients 74%, révolution numérique 61%, nouveaux entrants sur le marché 32%, …) sont toujours dominants, même si en léger recul par rapport aux facteurs internes (contraintes financières 38%, contraintes générationnelles 38%, perte d’engagement des collaborateurs, 27%, …)

votre organisation est-elle engagée dans la transformation ?

Les organisations se sentent également plus engagées en 2018 qu’elles ne l’étaient en 2016. Pour autant, la majorité d’entre elles se considèrent en réflexion par rapport aux transformations qui se présentent à elles.
Décliné au niveau des populations de l’entreprise, l’engagement dans la transformation semble d’abord un sujet de dirigeants selon les répondants, même si globalement, l’ensemble des acteurs, des partenaires sociaux, aux collaborateurs en passant par les managers et les dirigeants progressent de la réflexion à l’engagement par rapport à la même question posée en 2016.

Des chiffres qui pourraient s’expliquer par la progression des actions de sensibilisation (formation, séminaire, reverse mentoring, learning expeditions) autour de la transformation (plus 10 points en moyenne sur toutes les catégories de population). Cependant, on peut regretter là aussi que les dirigeants (54%) et managers (46%) profitent plus largement de ces accompagnements -ce qui expliquent qu’ils se sentent ensuite plus engagés dans le sujet de la transformation – que les salariés (30%)…
Quand on les interroge sur les raisons pour lesquelles elles devraient encourager la créativité, c’est l’engagement des salariés qui arrive au premier plan (79% des répondants), avant l’innovation (69%) ou même l’agilité dans les opérations (64%) et l’efficacité (62%). A noter également, l’item de l’attractivité recueille cette année 54% des voix, contre 48% il y a deux ans : l’entreprise créative serait-elle un symbole de marque employeur pour attirer davantage les talents ?
Parmi les actions mises en œuvre pour favoriser la créativité, la variété est de mise : de l’ouverture à des projets en rupture (40%), à l’innovation participative (35%) en passant par la promotion de méthodes agiles (31%), la mise en place d’incubateurs (24%), l’allocation de budgets spécifiques pour des projets en rupture (19%), ou encore le crowdsourcing interne (13%). Cependant, pour chaque item proposé, les entreprises sont au moins autant à ne pas avoir mis en œuvre l’action mais à l’envisager (en projet) : dans le temps pourtant, la part des projets transformés semble faible (les chiffres évoluent peu entre les 2 éditions de l'Observatoire) … De l’intention à l’action, en matière de créativité, il n’y a qu’un pas que certains peinent à franchir… !
Autre typologie d’actions innovantes : avec les start-ups, co-developpement de projet, mise à disposition de financement, ou mise à disposition d’autres ressources non financières : dans cette catégorie, on constate une relative stabilité avec des actions pour un peu plus d’un quart des répondants. Cependant, seule la mise à disposition de ressources non financières progresse par rapport à 2016, avec également toujours un peu plus de projet en la matière…

Enfin, est-ce que l’innovation est l’occasion de définir de nouvelles responsabilités ? sans doute, au moins pour 40% des répondants qui ont nommé des responsables innovation, 19% des ambassadeurs de la créativité ou encore des change managers. Des chiffres ici aussi en progression qui témoignent encore un peu plus de la prise de conscience des organisations de l’importance d’innover pour se transformer…
Pour finir les répondants étaient invités à répondre à une question très proche de celle qui leur était posée en début de questionnaire. Souvenez-vous : « Considérez vous à priori votre entreprise comme encourageant la créativité ? ». L’optimisme était de mise avec 69% d’avis positifs. A cette nouvelle question finalement et après avoir découvert au fil du questionnaire toutes les actions possibles pour favoriser l’innovation, les répondants révisent leur jugement et 53% seulement d’entre eux continuent d’estimer que leur entreprise leur permet d’exprimer leur créativité…

Conclusion : un bestiaire en mouvement … plus ou moins rapide… et plus ou moins ralenti par la charge de l’organisation

Pour restituer les éléments de contexte (lieux de travail, strcture, équipement, culture et RH) et les éléments de dynamique (rapport à la transformation, posture face à l’innovation, actions mise en place), la société Arctus a imaginé un joyeux bestiaire plus ou moins bien équipé pour évoluer face à la transformation. Là où certains trainent sur le chemin de la créativité, d’autres ont développé une approche volontariste vis-à-vis de l’innovation et volent déjà agilement. Certains supportent aussi le poids d’une posture peu propice à l’innovation, tandis que d’autres au contraire bénéficient d’une position plus souple, plus agile. De cette métaphore, il ressort que :
- La majorité des entreprises a amorcé des démarches pour changer de posture vis-à-vis de l’innovation et transformer son organisation : tels des lièvres, encore entravés par le poids de leur attelage, elles poursuivent néanmoins rapidement leur chemin vers la transformation
- Qu’un petit dizième des organisations, représentées par une hirondelle et son sac à dos, volent déjà en toute légèreté vers une transformation assumée… A suivre !!

Et votre organisation ? est-ce un escargot, un lièvre ou une hirondelle ? est-ce qu’elle vous donne les moyens de libérer votre créativité au quotidien ?

Rendez-vous dans 2 ans pour participer à la prochaine édition de l’Observatoire… Stay tunned !

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