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[Etude]

Manager fait-il toujours rêver ? Les réponses d’OpinionWay au Salon du Management

· événement,management,futur of work

Le 2e salon du Management, organisé par la Maison du Management, ouvrait ses portes hier, 13 novembre 2018, avec la restitution d’une étude réalisée par l’institut Opinion Way sur l’attractivité de la fonction managériale. Que fallait-il retenir de cette nouvelle étude sur le management qui a interrogé plus de 1000 salariés, managers et non managers au mois d’octobre 2018 ? J’en ai gardé pour ma part quelques points clés, que je vous livre ici, en guise de matière à réfléchir…

Face à la transformation du monde du travail et des organisations, la fonction managériale est-elle encore attractive pour les salariés ? Une question légitime dans un monde de l’entreprise VUCA, percuté par les changements de tous ordres : business model, besoins des consommateurs, environnement réglementaire, outils numériques, modèles organisationnels, attentes des salariés, …
Et bien la réponse est sans appel : 62% des répondants non managers ne souhaiteraient pas devenir managers s’ils en avaient la possibilité ! Et ils sont seulement 11% à le souhaiter vraiment … Pas plus d'attrait pour le management que l'on soit homme ou femme précise OpinionWay, seul le secteur des ventes se distingue avec un plus de 50% des interrogés qui se projettent davantage dans la fonction managériale.
Du côté des managers répondants, un sur deux n’a pas demandé à le devenir : une situation subie plus que désirée ? C’est à ce stade de l’étude une question que l’on peut se poser et qui pourraient expliquer bien des difficultés rencontrées sur le terrain.
Alors quelles sont les raisons de ce manque d’attrait interroge OpinionWay. D’abord, les avantages de la fonction managériale ne compensent pas ses inconvénients selon les répondants : plus de gains financiers, plus de responsabilités, plus de poids dans les décisions prises, certes, mais plus de pression de sa hiérarchie, plus de charge de travail, plus de connexion, … Du côté des managers interrogés, le constat est un peu plus tempéré : les responsabilités sont mises en avant, ainsi que la transmission de l’expérience, la prise de décision et la reconnaissance des compétences. Des avantages perçus par les premiers concernés qui leur rendent peut-être plus acceptables les inconvénients…

Avantages et inconvénients à la fonction managériale - slide Opinionway

Autre explication du désamour pour la fonction managériale selon OpinionWay, le manque d’exemples inspirants. La moitié des salariés répondants ont rencontré autant de bons que de mauvais managers dans leur carrière, une expérience du management mitigée qui ne les encourage pas à se projeter dans cette fonction.

Autant de bons et de mauvais managers rencontrés au cours d'une carrière, slide Opinionway

Par ailleurs, l’image du manager est plutôt écornée auprès des non-managers : voix de son maître, bras armé de la direction, lobbyiste qui joue la politique interne... Les collaborateurs répondants estiment ainsi à 77% que le manager défend avant tout les intérêts de l’entreprise. Un constat partagé par 76% des managers…lesquels doivent bien souvent se sentir pris entre le marteau et l’enclume, alors qu’on leur demande d’être les relais, les porteurs de la stratégie au sein de leur organisation, de faire corps avec leurs pairs… quite à renoncer parfois à leurs propres convictions/intuitions par rapport aux orientations de l’entreprise ? Une posture qui devient de moins en moins tenable, dans un environnement complexe où l’organisation doit pouvoir compter sur toutes les intelligences et la distance critique de chacun pour imaginer et développer de nouveaux leviers de croissance…
Ainsi, là où les managers se définissent d’abord (23%) comme des leaders ou encore soutiens de leurs équipes (20%), celles-ci les voient d’abord comme des chefs (26%). Avec une lecture plus positive de l’étude, on observe que 20% des répondants non managers citent également le leader. Il n’en reste pas moins qu’on peut apercevoir dans ces chiffres un léger hiatus de perception entre managés et managers sur la fonction managériale, encore très marquée par sa dimension hiérarchique.

comment les non-managers voient les managers et comment les managers se voient eux-mêmes, slide opinionway

Enfin, l’utilité même du management est remise en question selon OpinionWay puisque 38% des non managers interrogés pensent que le management est une fonction inutile dans le monde du travail actuel, constat partagé par 41% des managers eux-mêmes !! Si ces chiffres ne témoignent pas d’un manque de sens ou d’une crise profonde de l’identité du management, à mon avis, on en est pas loin !
Alors quelles sont les pistes à explorer pour changer le regard des salariés sur le management, questionne l’institut OpinionWay ?
Tout d’abord, ne pas faire du management un absolu. Longtemps (encore ?) considéré comme le Graal, la consécration d’une carrière, l’ultime récompense d’un parcours jalonnés de succès, le poste managérial n’est surement pas une fonction faite pour tous ! C’est du moins ce qui ressort ici encore de l’étude d’OpinionWay si on prend en compte les 41% de répondants non managers qui ne pensent pas avoir les qualités requises pour être de bons managers (on comprend un peu plus loin quelles qualifications ils mettent derrière cette notion…), ou encore les 10% de managers qui l’estiment également, tout en ayant accepté cette position dans l’entreprise ! Ceci étant dit, cela signifie en creux que 90% des managers répondants estiment avoir les compétences requises et pour 86%, ils sont fiers de l’être (le Graal n’est peut-être pas si loin !), un sentiment d’autant plus présent chez les 50 ans et plus répondant à l’étude. Et 83% d’entre eux recommanderaient même à leurs proches de devenir manager… Ne peut-on lire en filigrane le besoin de justifier leur utilité finalement ? de mettre en avant les avantages (vus plus hauts) à devenir manager ?
Un autre chiffre m’a particulièrement interpellé lors de la restitution de ces résultats : 53% des moins de 30 ans souhaiteraient devenir managers s’ils en avaient l’opportunité (versus 38% en moyenne dans les autres tranches d’âge de l’échantillon)… Pour une génération sur laquelle on lit beaucoup de choses, autour de sa relation distante à l’entreprise, à la hiérarchie et aux modes établis, ce chiffre interpelle… ou est-ce tous les articles qui portent sur les aspirations des Millenials, qui leur prêtent des intentions qu’ils n’ont pas (pour la moitié d’entre eux en tous cas…). Alors, le management, Graal ou pas Graal ?
Ensuite, parmi les pistes à explorer pour redorer l’image du management, OpinionWay met en avant le rôle des managers dans les prochaines années. Un rôle d’animateur qui met l’accent sur le collectif de travail (adhésion, cohésion, travailler ensemble) pour 27% des non-managers, mais aussi un rôle de coach qui les accompagne au quotidien pour les faire grandir pour 25%. Le regard des managers répondants à l’étude est concordant ici avec les réponses des collaborateurs.

En effet, plus précisément, pour 93% des collaborateurs comme des managers interrogés, un manager doit inciter chacun des membres de son équipe à progresser. Pour 83% des salariés répondants à l’étude, un manager efficace est indispensable pour faire fonctionner une équipe (tiens, on commence à préciser ici la notion de bon ou de mauvais managers, qui explique sans doute que nombre de répondants indiquaient plus haut que les managers n’étaient plus utiles dans le monde de l’entreprise aujourd’hui…)
Aussi, OpinionWay invite à mettre l’accent sur les qualités relationnelles des managers pour redorer le blason de la fonction managériale. En effet, une question de l’étude proposait aux répondants de retenir 5 mots pour décrire le bon / le mauvais manager (on y vient…). Parmi les qualités les plus souvent citées par les collaborateurs, l’écoute, le respect ou encore la capacité à être organisé arrivent en tête, face aux défauts qui qualifient le mauvais manager, manipulateur, injuste, hypocrite ou encore arrogant. On comprend mieux que si les répondants ont été confronté à ce type de personnalité que l’on pourrait quasiment qualifier de « toxique » (pour mémoire pour 25% ils expriment avoir surtout été en contact avec de mauvais managers), ils ne se projettent pas dans la fonction et qu’elle ne fasse plus rêver !

Ceci dit, pour OpinionWay, mieux circonscrire et reconnaître la fonction managériale serait une autre façon de changer le regard des salariés sur cette fonction : quand on lit dans l’étude que 66% des non managers pensent que le management n’est pas reconnu à sa juste valeur (pour les managers qui l’exercent, on atteint les 81%), on comprend aussi mieux les résultats précédents. Le manque de reconnaissance dans l’entreprise d’une fonction exigeante par les compétences comportementales qu’elle demande aux managers de mettre en œuvre (écoute, dialogue, pédagogie, …) explique sans doute le désamour pour le management, bien plus que le manque d’équilibre entre les avantages et les inconvénients de la fonction.

3 grands témoins pour une lecture très actuelle de l’étude au Salon du Management

La présentation des résultats de l’étude par Anca Jomain et Joseph Coviaux de l’institut Opinion Way, au salon du Management, était également l’occasion de donner la parole à trois "témoins" du monde de l’entreprise et de l’évolution du management. Autour de la table, et sous la houlette bienveillante de Philippe Détrie, fondateur du salon du Management, Claudia Gümmer qui a grandi en Angleterre avec des parents allemands et occupe aujourd’hui le poste de DRH d’un groupe de plus de 46000 collaborateurs, Spie. A ses côtés, Quentin Couturier, fondateur de Izipizi, a quant à lui le profil du jeune start-upeur dont le succès de l’aventure entrepreneuriale le place aujourd’hui aux commandes d’une belle structure de 60 collaborateurs. Enfin, nul besoin de présenter Hervé Sérieyx, éminent professeur, délégué interministériel mais aussi dirigeants de plusieurs entreprises et auteur de plus de 50 ouvrages autour du management. Quels sont leurs regards sur les résultats de l’étude ? Est-ce que l'environnement de travail encourage l'implication des managers ? A cette question, les intervenants sont unanimes : les conditions de travail, mais aussi les valeurs de l’entreprise, le sens de sa mission et l’autonomie confiée aux managers comme aux collaborateurs sont au coeur de la fonction managériale. Et ce n’est pas les exemples de Quentin Couturier, qui certes peuvent faire sourire les plus conservateurs par leurs anglicismes et leur saveur de licorne, qui prouveront le contraire !
Claudia Gümmer, DRH du Groupe Spie, rappelle que les dirigeants d'aujourd'hui connaissent sans doute les maux de leur organisation, mais font face aux difficultés de diriger dans ce monde VUCA où la complexité et les incertitudes font loi. Les intervenants se demandent ainsi si notre société n’attend pas trop des managers, tandis que l’intelligence collective des équipes est sans doute la clé pour faire face à ce monde. Pour autant, selon Hervé Serieyx, la verticalité des organisations n'encourage pas l'intelligence collective. Claudia Gümmer nous invite aussi à arrêter de critiquer le système car cette attitude collectivement négative n'encourage pas à restaurer la confiance, dont nos organisations ont besoin pour favoriser la coopération, les synergies et donc l’innovation. Pour Hervé Sérieyx, cette confiance est "la molécule qui manque" à nos organisations alors qu’elle est trop souvent prise pour "une confiture pour idéaliste".
A l’échelle de sa start-up, Quentin Couturier a une équipe managériale, qui d’ailleurs porte l'attribut d'animateurs et non managers. Selon Hervé Sérieyx, "le management n'est pas une science mais un véritable talent" : il nous invite à ne pas promouvoir à un poste de manager une personne qui n’aurait pas « la flamme dans les yeux » : il voit en effet, le manager comme un tisserand, un boulanger ou encore un cuisinier, dont le métier doit être reconnu et valorisé comme tel dans l’entreprise. Claudia Gümmer interpelle également : être un animateur, un coach demande beaucoup plus d'implication et d'énergie pour écouter, respecter, accompagner… ce qu’Hervé Sérieyx appelle « réussir à tisser ensemble des diversités humaines ». Un programme inspirant n’est-ce-pas ?

Cette restitution de l’étude d’Opinion Way en ouverture du Salon du Management sous le regard de ces 3 témoins était particulièrement intéressante, même si pour ma part, j’aurai aimé en savoir plus sur d’autres volets : quid de la vision des dirigeants et de leurs attentes par rapport au management de leur entreprise, quid de l’accompagnement et de la montée en compétences des managers au moment de leur prise de fonction comme tout au long de leurs carrières pour faire face aux défis de demain et continuer de développer leurs « soft skills »… Peut-être pour une prochaine étude ?
Par ailleurs, j’ai prévu de partager sur ce blog d’autres contenus passionnants issus de ma journée passée au Salon du Management. Alors, comme d’habitude, restés branchés 😉 !

Ressources : tous les résultats de l’étude sont à télécharger sur le site d’OpinionWay

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